Un panorama sur la Fédération Chasseurs Tessinois et la chasse au Tessin

Par Marco Viglezio et Patrick Dal Mas

 

Environ 6'000 cerfs, 8'500 chamois, 3'000 chevreuils, 2'000 sangliers et 1'000 bouquetins. Effectifs du petits gibier stables (sauf le lièvre brun), aigles, une meute de loups et quelques lynx. 2'400 chasseurs et chasseuses, 22 gardes-chasse sur une superficie totale de 2'812 km2  avec 89 interdits et un territoire ouvert à la chasse de 2'000 km2. Voilà les données essentielles de la chasse avec permis au Tessin.

 

Fédération Chasseurs Tessinois

 

La FCTI est née en 1995 d’une fusion des deux fédérations existantes FACTI et UCAV et regroupe environ 2'400 chasseurs et chasseuses tessinois. Ses activités sont multiples et concernent différents domaines de la réalité cynégétique cantonale.

Parmis les objectifs poursuivis par la FCTI, rappelons les plus importants:

. Maintenir en vie la tradition de la chasse en promouvant une éducation cynégétique saine et efficace.

. Représenter les sociétés affiliées aux autorités cantonales et fédérales, également lors des commissions de la chasse, en défendant les droits des chasseurs.

. Promouvoir des journées avec chasseurs et aspirants pour la défense et la sauvegarde des habitats appropriés à la faune sauvage.

. Préconiser une réforme efficace des interdits de chasse médiant l’adoption d’un plan régulateur qui permette de garantir un développement harmonieux et rationel de notre faune.

. Publier un périodique (“La Chasse”), gérer un site web de référence pour les chasseurs tessinois (www.cacciafcti.ch) et être actif sur les réseaux sociaux (Instagram: ig_fcti)

La loi cantonale sur la chasse reconnaît la FCTI comme interlocuteur privilégié du Canton pour la gestion de la faune et de la chasse, ainsi que pour l’information du publique.

 

L’évolution de la chasse au Tessin

 

Le système de permis fut introduit au début du vingtième siècle, du temps des premières lois fédérales et cantonales sur la chasse (depuis 1875).

À une certaine époque dans les régions de la plaine on se dédiait à la chasse basse (gibier à plumes sédentaire et migratoire et le lièvre gris). Dans les vallées supérieures la proie la plus ambitieuse était le chamois, mais on chassait aussi la marmotte, le lièvre gris et variable ainsi que les tétraèdres alpins. Avec l’arrivée du cerf et l’augmentation générale des ongulés (le dernier arrivé, vers 1985, fut le sanglier) et les restrictions progressives pour les passionnés de chasse basse, il y a eu, depuis la fin des années 60 du siècle précédent, une inversion progressive de tendance : si en 1970 furent délivrés 4'000 permis de chasse basse et 1'000 permis de chasse haute, en 2016 les premiers sont descendus en dessous des 800 unités, alors que les seconds se sont élevés à 1'800 unités.

La chasse avec permis au Tessin est régulée par une législation sévère, les carabines à répétition et les calibres inférieurs à 7 mm (270 W) sont interdits. Chacun doit chercher un bon compromis pour avoir une arme adaptée à toutes les espèces chassable en chasse haute. L’utilisation des véhicules automobiles est sujette à limitation et un large éventail d’interdits assure protection et tranquillité à la faune et dans le cas des cerfs une bonne distribution d’arènes paisible de brame. Depuis plus de dix ans, la chasse tardive d’automne est un moyen de réguler les populations de cerfs par des prélèvements de femelles et de juvéniles et depuis quelques années cette solution est également appliquée aux chevreuils. Les effectifs nécessitent une bonne régulation qualitative, spécialement où surgissent des conflits avec les clôtures et la forêt, ce qui n’est pas toujours chose aisée.

 

Depuis quelques années les effectifs et les captures de chamois sont en diminution, phénomène d’ailleurs connu également dans d’autres Cantons et régions de l’arc alpin. Le changement des prescriptions en 2003 (obligation de prendre un petit ou une femelle non-allaitante avant le mâle) qui exerça une pression cynégétique excessive sur le chamois n’est pas totalement étranger à cette diminution. La Fédération Chasseurs Tessinois – qui compte 30 Sociétés sous-divisées dans les 8 districts – s’emploie activement à chercher des solutions à la défense de l’espèce, en proposant une gestion correcte, qui en même temps ne pénalise pas excessivement les chasseurs ; un compromis pas toujours facile à trouver.

 

Qui peut chasser au Tessin

Pour chasser au Tessin il est nécessaire d’avoir réussi l’examen dans le Canton. La préparation dure un an et demi et chaque candidat participe à 5 journées obligatoires avant de s’inscrire à l’examen écrit et oral dans les diverses matières d’importance cynégétique ; à la fin a lieu une épreuve de tir (à balle et à pois).

Ceci assure au candidat une bonne base théorique et pratique pour commencer à chasser. La FCTI collabore activement à la préparation des candidats, avec des professionnels et des experts chasseurs qui s’emploient gratuitement durant vingt cours du soir et deux journées entières de formation. Annuellement environ une soixantaine de nouveaux chasseurs débutent l’activité cynégétique ; pour assurer le renouvellement générationnel et pour réguler les effectifs de cerfs et de sangliers il en faudrait quelques-uns en plus. Le prix du permis est de 550 francs (chasse haute) et de 200 francs (chasse basse) par personne domiciliée dans le canton ; un prix réduit compte-tenu des grandes possibilités de capture (sangliers illimités et les cerfs quasiment tout autant). Le succès dans l’activité cynégétique nécessite néanmoins beaucoup d’implication, de patience, d’expérience et également un peu de chance. Les proies capturées conformément aux prescriptions, après avoir été présentées aux postes de contrôle présidés par les gardes-chasse cantonaux, appartiennent aux chasseurs.

 

La fièvre de la chasse haute

Au Tessin la chasse haute débute selon la règle le premier septembre et dure 23 jours. Cerfs (sauf les mâles d’au moins deux ans qui sont libres uniquement les 15 premiers jours), sangliers, renards et blaireaux sont chassables durant toute la période ; chamois et chevreuils durant les 13 premiers jours. La chasse à la marmotte est limitée à seulement deux jours. Pendant la chasse haute surviennent des moments de distraction et d’amitié mais, en dépit de l’abondance de proies, jalousies et rivalités entre chasseurs débouchent parfois sur des épisodes peu édifiants, un phénomène remarqué aussi dans d’autres Cantons à permis, probablement dus à la pression cynégétique élevée durant un laps de temps limité.

 

Cerfs et sangliers en ligne de mire

En plus du cerf, le sanglier est également un grand thème au Tessin. Les effectifs des deux espèces ont augmenté durant les dernières décennies. Malgré une stratégie de prélèvement qui pour le sanglier en permet la capture durant toute l’année et qui pour le cerf prévoit beaucoup de possibilités de prélèvement, les dégâts totaux indemnisés sont toujours élevés (765'000 Fr.  – en 2016 dont 75% causés par les cerfs). La chasse devient difficile et les effectifs, du moins dans certains secteurs (en particulier agraire, viticole et forestier), sont toujours trop élevés ce qui, par conséquent, augmente la pression sur les chasseurs.

Une partie du coût des permis conflue dans un fond destiné essentiellement à l’indemnisation des dégâts causés par la faune aux clôtures. Le sanglier est chassé de manière intensive du début septembre à fin février. Pendant les autres mois de l’année les individus qui causent des dégâts sont abattus dans le cadre de la garde champêtre, chasse de surveillance qui se déroule essentiellement la nuit. La chasse au sanglier est pratiquée pour la plupart par des équipes en battue (les groupes de plus de quatre chasseurs sont interdits) ou à l’affût.

Les captures de cerfs sont également en constante augmentation depuis 1980, arrivant au pic record de 1'959 têtes en 2015. Si il y a quatre décennies le chasseur ne pouvait chasser qu’un seul cerf, mâle avec au moins trois pointes sur chaque bois, durant les dernières années les possibilités de capture (théoriques) ont nettement augmenté et aucun chasseur ne parvient à épuiser le contingent de têtes accordées, qui comprend aussi les faons, les jeunes cerfs et également les femelles allaitantes, en particulier durant la chasse tardive d’automne.

 

Un système d’indemnisation des dégâts assez généreux

La diffusion progressive des cerfs dans le Haut Tessin mena vite à une indemnisation systématique de l’herbe broutée (dans la seule vallée de la Léventine l’indemnisation annuelle est le double que dans tout le Canton des Grisons). Une gestion des interdits non optimale, trop étendus et certains laissés inchangés durant des décennies, l’interdiction de chasse sur le Mont San Giorgio dans le Mendrisiotto depuis 2008, révoqué par chance en 2015, ainsi qu’une décision du Tribunal administratif qui a reconnu une indemnisation aux viticulteurs-vinificateurs de dix francs pour chaque kilo de raisin mangé par la faune, ont provoqué la hausse progressive des indemnisations.

Si d’un côté cette générosité peut être vue comme un acte de solidarité envers les agriculteurs, d’un autre côté elle génère une attitude négative face à la faune ongulée, considérés désormais de la même manière que les animaux nocifs, à combattre par tous les moyens, incluant des prises nocturnes durant les périodes de protection fixées par la loi fédérale.

 

Chevreuils et bouquetins chassés de manière (trop) conservatrice

Jusqu’en 1995 au Tessin le chevreuil était chassé en années alternées (en alternance avec la marmotte !) et seulement le mâle adulte était chassable. Maintenant le mâle est chassable seulement durant trois jours en septembre et de nombreux chasseurs renoncent encore à tirer les femelles ; les petits de l’année sont interdits à la chasse haute. Le total des prises est donc assez modeste et la proportion entre les chevreuils chassés et ceux trouvés mort pour d’autres raisons, sur la longue durée, est quasiment paritaire.

 

Les personnes ayant compilé au moins dix permis acquièrent le droit de s’inscrire à la chasse spéciale au bouquetin pour prélever une femelle non allaitante. L’année suivante, à condition d’avoir abattu la femelle, le chasseur pourra s’inscrire pour un mâle dont la catégorie d’âge (1-3, 4-5, 6-10 ou 11 ans ou plus âgé) est définie par tirage au sort. Le coût du permis est de 200 francs et le prix de la proie varie de 100 à 150 francs pour les femelles et jeunes mâles, jusqu’à 400 francs pour les mâles âgés de plus de six ans. Les prises s’établissent à une cinquantaine de têtes annuelles, un prélèvement très prudent pour un effectif estimé à environ 1'500 bouquetin, souvent inférieur aux individus trouvés morts à la fin de l’hiver. Depuis l’année passée a été prévu, sous requête de la FCTI,  une augmentation des têtes à prélever et de la zone de chasse.

 

Chasse basse

Du 16 octobre jusqu’à la fin novembre se chassent au Tessin les lièvres bruns et variables, les perdrix blanches et les tétras-lyres et surtout les bécasses. La chasse basse est pratiquée quasi exclusivement avec des chiens d’arrêt ou des limiers. Grâce à une surveillance régulière les effectifs des différentes espèces sont bien suivis et les prescriptions sont continuellement ajournées et optimisées. Les limitations de l’utilisation des véhicules automobiles, du nombre de jours et de prises et un éventail d’interdits de chasse basse beaucoup plus étendue que pour la chasse haute, permettent une gestion cynégétique prudente de ces espèces, en en empêchant l’exploitation excessive. La chasse basse joue un rôle important dans le maintien d’une tradition aux racines historiques éloignées grâce au rôle que jouent les auxiliaires.

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